Pour démarrer l’année, avant de poursuivre notre périple au Kenya, je vous partage ma contribution au carnaval d’articles « Ce voyage qui a changé ma vie ».

Cet article participe au carnaval d’articles « Ce voyage qui a changé ma vie », une invitation à raconter ces lieux qui, parfois sans prévenir, déplacent nos repères et transforment nos trajectoires.

En cette période festive, j’ai envie de partager avec vous les joyaux de cette ville qui a capté mon cœur et changé ma destinée. Barcelone est bien plus qu’une ville de monuments et de plages : c’est une expérience qui peut se révéler profondément transformatrice.

Il y a 21 ans jour pour jour, j’ai débarqué à Barcelone pour un séjour qui se voulait de six mois, dans le cadre d’un échange universitaire. Cette expérience s’est transformée en un changement de résidence permanente, dans la ville qui se rapproche le plus de ce que je pourrais aujourd’hui considérer comme chez moi.

Tout commence en 2004. Mon DESS en poche, je cherche à vivre une expérience à l’étranger. N’ayant pas pu partir en Erasmus durant mes années universitaires — car je travaillais en parallèle — l’occasion s’est présentée autrement. Mon école de commerce faisait partie du groupe EQUIS et proposait un programme d’échange permettant d’obtenir un diplôme international de management.

Je saute donc sur l’occasion.
Mes choix :

  1. Sydney
  2. Montréal
  3. Barcelone

En attendant les résultats du dossier, une opportunité s’offre à moi durant l’été : découvrir Barcelone pendant quatre jours. Une bonne amie s’y rend pour visiter une copine alors en Erasmus. Je l’accompagne.


Premier contact avec Barcelone

On peut parler de coup de foudre.

La ville déploie tous ses charmes. C’est l’été, l’ambiance est à la fête, il fait beau, il fait chaud. Rien de tel que la playa de la Barceloneta pour se baigner dans la Méditerranée et fouler les pas des protagonistes de L’Auberge espagnole.

Eblouie par les splendeur de Gaudi

Même sous un soleil de plomb, impossible de ne pas aller au Parc Güell. En gravissant les marches et les côtes menant à ce joyau perché — alors totalement inconnu pour moi — je me demande si le jeu en vaut la chandelle.

Et comment?!

Le Parc Güell est l’un des endroits les plus beaux de Barcelone. Un chef-d’œuvre de l’illustre Gaudí, où la nature et l’architecture moderniste forment une symbiose, avec une vue panoramique sur la ville. Aujourd’hui, pour célébrer notre anniversaire, j’y suis retournée.

C’est désormais l’un des hauts lieux du tourisme barcelonais, victime du surtourisme. Pour y pallier, l’administration a rendu l’accès payant — ce qui n’était pas le cas à l’époque. Les résidents barcelonais peuvent toutefois y accéder gratuitement grâce au programme municipal Gaudir Més, qui offre divers avantages culturels.

Nous sommes aussi allées à La Pedrera, une autre maison de Gaudí, magnifique ode à la mer. Les cheminées sur le toit furent, pour moi, le clou du spectacle.

Fiesta Loca

Les nuits n’étaient pas en reste. Fiesta tous les soirs.
Dans le Raval alternatif, haut en couleurs comme en odeurs.
Dans le Gotico bohème aussi.

Nous partagions de bons moments : des sangrias à l’Oveja Negra, des mojitos incomparables dans un bar que je n’ai jamais retrouvé, où l’on buvait les pieds dans l’eau.

Bref.
Una casa de locos.

Puis vient l’heure de rentrer à Paris. On aurait pu croire à la fin d’une amourette d’été — passionnée, intense et furtive. Mais en réalité, ce court séjour fut les prémices d’une longue histoire d’amour qui brûle encore aujourd’hui.


Le choix est fait : ce sera Barcelone

De retour à Paris, je dois effectuer un stage de fin d’études pour valider mon DESS. J’attends avec impatience les résultats de ma candidature pour le programme d’échange (DIM).

Un soir, en rentrant de France Télécom — où j’avais trouvé un stage comme responsable études et veille — je découvre enfin une réponse. Pas celle que j’espérais : mes premiers choix sont indisponibles. On me propose Austin à la place de Montréal.

Je décline.

Mon choix est fait.
Ce sera Barcelone.


OĂą vas-tu loger ?

Ce choix ne me stressait pas du tout. Au contraire, il m’apaisait.
L’un des avantages de Barcelone était aussi sa proximité relative — comparée aux autres options — avec mes deux pays.

Je poursuis donc mon stage. Le jour où j’annonce la nouvelle à ma mère par téléphone, elle me pose une question toute simple :

— Où vas-tu loger ?

Je lui réponds avec désinvolture que je ne sais pas encore, mais que je vais trouver. Le départ est dans deux mois…
Ma désinvolture n’était pas feinte : je ressentais une confiance aveugle.


Maman Ă  la rescousse

Quelques jours plus tard, ma mère m’appelle.
Le miracle s’est produit — et je pèse mes mots.

— Tu as de quoi noter ? Note ceci. Il y a une dame qui s’appelle Laura V. Elle peut te loger le temps que tu trouves un logement. Tu paieras 250 € (si je me souviens bien). Voilà son adresse.

J’étais abasourdie.

Comment ma mère, vivant au Burkina Faso, avait-elle réussi ce tour de force en quelques jours ? Je ne manquai pas de lui poser la question.

Les voies du seigneur

Son implication dans la communauté chrétienne est à l’origine de cette trouvaille. Elle avait parlé de ma situation avec des sœurs espagnoles de la congrégation avec laquelle collaborait Laura.

Incroyable, mais vrai.

Quand les choses sont prédestinées, les astres s’alignent. Je ne voyais pas encore l’amplitude du changement qui allait s’opérer. Pour moi, je partais simplement pour un échange de six mois.


Débarquement épique

Le grand jour arrive.

Inutile de vous dire que, pour une bourse d’étudiante, le budget voyage était serré. J’opte donc pour Ryanair, qui était à l’époque relativement récent, mais recommandé par une amie pour ses tarifs imbattables.

Le billet pour Barcelone me coûte 17 €.
Du moins, en théorie.

Dans la pratique, d’autres coûts cachés vont s’y ajouter.

Le départ est très tôt, depuis l’aéroport de Beauvais. Impossible d’y aller en transports en commun. Mon père a la gentillesse de me déposer à Porte Maillot, d’où part la navette pour Beauvais.
(+ billet de bus)

De 17 à 87 €

Arrivée à Beauvais, nouveau contretemps : supplément bagages de 70 €.
Évidemment, j’avais un gros sac. Je partais pour six mois…

Le vol se passe.
Arrivée à Gérone, pas à Barcelone.

Comment s’y rendre ? Un nouveau bus.
(Nouveau supplément budget.)

bienvenida a Barcelona

Après un peu plus d’une heure de route, la navette nous dépose à Plaça Catalunya.

Nous sommes le 6 janvier, jour des Rois mages — le véritable Noël espagnol (Día de Reyes), ce que je ne savais pas à l’époque. Les rues sont plutôt désertes, bien loin de l’effervescence estivale que j’avais connue.

Je ne parle ni espagnol ni catalan, mais je me débrouille pour demander à un passant comment me rendre à l’adresse que ma mère m’a donnée.
(À l’époque, pas de smartphone : il fallait davantage de ressources… et d’interactions humaines.)

On m’indique un autre bus. Chargée de mes bagages, je prends celui qui mène à Virrei Amat, une zone bien plus excentrée que celles que j’avais foulées lors de mon court séjour estival.

Je trouve enfin l’adresse, mais nouveau challenge : en Espagne, les interphones n’indiquent pas le nom des habitants, seulement le numéro d’appartement. Or l’immeuble compte deux escaliers, et je ne suis pas sûre du numéro.

D’une manière ou d’une autre, j’y parviens.


Laura

Laura m’accueille dans sa demeure.
J’ai une petite chambre à l’entrée.

C’est l’hiver. Il fait froid. Et l’appartement est chauffé… au butane!!!

Il y a un seul chauffage pour tout l’appartement. Autant vous dire que je me gelais, surtout la nuit, quand le chauffage était plus proche de la chambre de mon hôte que de la mienne. Ce mode de chauffage ne m’inspirait pas confiance.

À l’époque, il était encore courant dans certains quartiers de Barcelone — et il persiste encore aujourd’hui, bien que beaucoup moins. Mon appréhension sera d’ailleurs confirmée par la suite : toutes les semaines, ou toutes les deux semaines, il n’était pas rare d’entendre aux infos « Explosion de gaz dans tel immeuble… »

Mais tel ne fut pas notre sort, grâce à Dieu.

¿Hablas español?

Laura est une femme d’origine argentine, âgée de 70 ans. Très gentille, très pédagogue. Dès le début, elle s’assure que je démarre sur de bonnes bases en espagnol, en corrigeant mes « itagnolismes ».

Je ne parlais pas espagnol, mais j’extrapolais beaucoup à partir de l’italien. Ma facilité pour les langues me permet de créer rapidement des ponts, et l’espagnol — langue latine — est plus accessible que le français ou l’italien.

Elle me reprenait souvent :
— No, esto es italiano. En español se dice así.
— La forma correcta de decir es…

Avec son accent argentin chantant.
Elle avait été prof, évidemment.

Merci Laura.

Quelques jours après mon arrivée, c’était mon anniversaire. Je pensais le passer seule, loin de mes proches. Mais Laura le savait. Elle m’acheta un gâteau, et nous avons célébré ensemble, autour d’un thé.

Ce geste m’a profondément touchée.
Je ne l’oublierai jamais.

Gracias, Laura.

Laura est l’une de ces personnes-lumière, généreuses, que la bonne étoile place sur ton chemin si tu es chanceux.
Et je le suis.


Premiers mois : installation et bureaucratie

L’appartement de Laura fut une providence. Mais l’un des inconvénients était la distance qui le séparait de EADA, l’école de commerce où j’allais suivre mon master. Chaque jour, je devais faire de longs trajets. Ajouté au froid qui me taraudait à Virrei Amat, cela me poussa à chercher une colocation sur Loquo.

Il me fallait aussi trouver un travail pour pouvoir payer un loyer. Et c’est là que je découvre mon premier couac administratif : il me faut un NIE (Número de Identificación de Extranjero).

ÂżTienes NIE?

Je l’apprends lors de mon premier entretien.

À l’époque, la démarche prenait environ un mois, pour obtenir un simple papier vert format A4. En tant qu’Européenne, il était indispensable — bien qu’insuffisant comme pièce d’identité, puisqu’il ne comportait pas de photo.

Pendant ce temps, je me concentre sur mes cours à EADA, mais aussi sur les activités extrascolaires avec mes camarades de master. Il faut bien le dire : ils faisaient partie d’une jeunesse dorée internationale.

EADA people

Étudiants venus du monde entier.
Appartements vastes et centraux.
Femmes de ménage.
Tables VIP en boîte.

Les contraintes financières ne faisaient pas partie de leurs préoccupations.

Dans leur sillage, je découvre cette facette de la vie barcelonaise : du Sutton Club au Catwalk (aujourd’hui Latin Palace), en passant par le Buddha Bar.

C’était bien… mais ce n’était pas moi.
J’avais besoin de relations plus vraies.


L’auberge espagnole

Je trouve finalement une colocation dans l’Eixample Dreta.
Et là, c’est vraiment l’auberge espagnole.

À mon arrivée, je vis avec Hassiena, Allemande d’origine afghane, Aouicha et Georgina, toutes deux françaises — l’une d’origine marocaine, l’autre italienne. Le maître des lieux, Juan Carlos, ne sous-louait qu’à des filles.

Ce premier quatuor partage bien plus qu’un toit :
des fous rires,
des soirées au SilK, Jamborée ou à Otto Zutz,
des beuveries Ă  la Xampanyeria,
des botellones Ă  la maison (merci Telebotella),
des après-midis à regarder Pasión de Gavilanes, la telenovela du moment,
des diners partagĂ©s autour d’une table suivi de conversations jusqu’au bout de la nuit.

Bref, nous avons créé du lien.
Et cela me ressemblait beaucoup plus.


Travail, langues et amitiés durables

J’obtiens enfin mon NIE, puis je trouve facilement du travail grâce à mes langues.

Lorsque l’agence d’intérim m’annonce un entretien comme téléopératrice multilingue, je pense que ce sera pour l’anglais, le français et l’italien — mon espagnol étant encore très rudimentaire, et ils le savaient.

Je me rends donc chez Ressa, confiante.

Quelle déconvenue lorsque le responsable commence l’entretien… en espagnol.

Je joue le jeu tant bien que mal. Nous passons ensuite à l’anglais. Puis il me demande mon niveau d’espagnol. Je lui réponds simplement que c’est celui qu’il a pu observer.

Il m’explique que les appels se font principalement en espagnol, français, italien et portugais.

En sortant, je me dis que c’est mal barré.

Quelle surprise, quelques jours plus tard, d’apprendre que j’ai été retenue.
Je n’en crois pas mes oreilles!!

Ainsi, je commence donc à travailler à Ressa les après-midis, juste après mes cours. Je n’avais même pas le temps de déjeuner entre les deux.

Le premier jour, on me présente Xavier, chargé de me former.
Un flash d’amitié.
Une amitié qui dure encore aujourd’hui.

Ressa n’était pas un lieu glamour, mais c’était un lieu vrai. J’y ai rencontré mes premiers vrais amis barcelonais — des amitiés durables.

Par un simple acte de foi, d’audace et d’action, j’ai reçu le cadeau inestimable d’amitiés sincères : Xavier, devenu plus tard mon compagnon de voyage en Égypte, David qui désormais vis à Stockholm ou encore Gwen, artiste incroyablement talentueuse que j’espère vous faire découvrir bientôt.

Aide-toi, et le ciel t’aidera.


L’épiphanie

Petit à petit, ma vie s’installe à Barcelone.

La vie est belle, intense.
J’ai une colocation dynamique et soudée.
Des collègues devenus amis pour la vie.

Le printemps arrive. J’aime déambuler dans les rues. Les cours à EADA se terminent. Viennent les premiers départs, les au revoir douloureux, et les questions sur l’après.

Un jour, alors que je marchais, je levai les yeux. Mon regard se posa sur un magnifique édifice moderniste. Ses toits en multiples clochetons ocre tranchaient avec le bleu du ciel d’été.

Et là, une épiphanie :

« Je me sens tellement bien ici. »

C’est décidé.
Je reste.


Ce voyage a changé ma vie.
Et vous ?

Y a-t-il une ville, un pays, une rencontre qui a marqué un tournant dans votre trajectoire ?
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Tu veux la suite de l’histoire? dis le moi en commentaires.



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