Boycott Spotify : pourquoi je ne peux plus écouter comme avant
Quand l’écoute devient un acte politique
Dans l’épisode précédent, je me posais une question que je repoussais depuis longtemps : faut-il boycotter Spotify ?
La musique a toujours joué un rôle central dans ma vie.
Spotify a été, pendant des années, le gardien de mes playlists, de mes souvenirs, de mes voyages. Alors pourquoi cette remise en question aujourd’hui, alors que les signaux d’alarme existent depuis longtemps ?
Sans doute parce qu’il y a des moments où le silence devient une forme de complicité.
Aujourd’hui, je ressens le besoin de mettre à plat les raisons qui poussent de plus en plus d’artistes, de labels et d’auditeurs à se détourner de Spotify — et d’expliquer pourquoi, à mon échelle, je ne peux plus continuer comme si de rien n’était.
1. Quand l’argent de la musique finance l’armement
Le premier choc a été la révélation des investissements personnels de Daniel Ek, PDG de Spotify, dans la société allemande Helsing.
Plus de 700 millions d’euros injectés dans une entreprise développant des logiciels et drones militaires basés sur l’IA, utilisés par plusieurs armées européennes et dans le contexte de la guerre en Ukraine.
Même si Spotify affirme que ces investissements sont personnels et distincts de la plateforme, une question demeure :
👉 Peut-on accepter que l’argent généré par la musique participe indirectement à l’industrie de la guerre ?
Pour beaucoup d’artistes et d’auditeurs, la réponse est non.
2. Palestine, Gaza et le poids du soupçon moral
Dans le contexte actuel de la guerre à Gaza, la question s’est encore durcie.
Des collectifs d’artistes réunis sous le slogan « No Music for Genocide » appellent à un boycott culturel, estimant que continuer à diffuser sa musique sur Spotify revient à accepter un écosystème économique et politique incompatible avec leurs valeurs.
Même sans preuve d’un lien direct entre Helsing et l’armée israélienne, le soupçon moral suffit pour certains :
Si je sais, je ne peux plus faire comme si je ne savais pas.
3. Publicités pour l’ICE : la goutte de trop
La dernière controverse, celle qui m’a personnellement fait basculer, concerne la diffusion massive de publicités de recrutement pour l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) aux États-Unis.
Une agence connue pour ses politiques migratoires violentes, ses expulsions brutales et ses impacts dévastateurs sur des communautés déjà vulnérables.
Voir Spotify accepter — et monétiser — ce type de campagnes publicitaires a déclenché une vague de colère et le hashtag #BoycottSpotify.
L’argument est simple : mes écoutes ne doivent pas financer la répression.
4. Désinformation, Joe Rogan et responsabilité éditoriale
Le précédent Joe Rogan n’est pas nouveau, mais il reste révélateur.
Spotify a signé un contrat exclusif avec Joe Rogan, malgré la diffusion répétée de discours antivax et de propos jugés dangereux pendant la pandémie de Covid-19.
Des artistes comme Neil Young ou Joni Mitchell ont alors retiré leur musique, refusant d’être associés à une plateforme qui monétise la désinformation au nom de la liberté d’expression.
La question n’est pas celle de la censure, mais de la responsabilité.
5. Rémunération des artistes : un modèle à bout de souffle
Autre grief ancien mais toujours brûlant : la rémunération.
Quelques millièmes de dollar par stream.
Des millions d’écoutes pour survivre à peine.
Un modèle qui favorise les majors et fragilise les artistes indépendants.
Pour beaucoup, Spotify incarne désormais un système qui dévalorise la création musicale et transforme l’art en bruit de fond rentable.
6. IA musicale et contenus « jetables »
L’essor de playlists d’ambiance, parfois soupçonnées d’être générées par IA ou par des procédés industriels à très bas coût, ajoute une couche supplémentaire au malaise.
Même si Spotify nie produire ces contenus, leur mise en avant massive pose question :
👉 Quelle place reste-t-il pour la création humaine, singulière, incarnée ?
Boycotter : efficace ou symbolique ?
Je ne sais pas si tous ces motifs sont également convaincants.
Je ne prétends pas détenir une vérité absolue.
Mais pour moi, l’accumulation est devenue insoutenable.
Les revendications des artistes m’avaient déjà fait douter.
La violence du monde actuel, et en particulier celle exercée contre les populations migrantes, m’empêche aujourd’hui de continuer à contribuer en silence.
Le boycott est un message.
Sera-t-il entendu ? Je l’ignore.
Mais il est, à minima, une manière de reprendre la responsabilité de ses choix culturels.

Point de vue Noirenvoyage
Voyager m’a appris une chose essentielle : nous ne sommes pas tous égaux face à la discrimination.
Sur la route, j’ai appris à regarder en face.
La violence des frontières.
La brutalité administrative.
Les vies suspendues à un tampon, un uniforme, une décision arbitraire.
Alors quand j’ai compris que mes écoutes pouvaient contribuer — même indirectement — à financer des systèmes qui participent à cette violence, quelque chose s’est fissuré.
Je ne crois pas à la pureté morale.
Je ne crois pas aux boycotts parfaits.
Mais je crois à la cohérence intérieure.
La musique est un langage universel.
Elle relie, elle apaise, elle raconte.
Je ne peux pas accepter qu’elle serve, par ricochet, à nourrir des logiques de domination, d’exclusion ou de déshumanisation.
Boycotter Spotify, pour moi, ce n’est pas donner des leçons.
C’est refuser de détourner le regard.
C’est dire : je choisis autrement, même si c’est inconfortable.
NoirEnVoyage est né d’une conviction simple :
👉 voyager, écouter, créer sont des actes politiques au sens noble.
Ils disent qui nous sommes.
Et le monde que nous acceptons de soutenir.
Et maintenant ?
Un travail long et fastidieux m’attend pour retirer toutes les références du blog:
– retirer les playlists intégrées,
– revoir des articles anciens,
– renoncer à la facilité du lien automatique,
– et chercher d’autres manières de partager la musique.
Ce n’est pas un geste parfait.
C’est un geste cohérent.
Et parfois, c’est déjà beaucoup.
Quelles alternatives à Spotify ?
Quitter Spotify pose une question simple… mais inconfortable :
👉 où écouter de la musique autrement, sans fermer les yeux ?
Il n’existe pas d’alternative parfaite. Mais il existe des choix plus alignés, selon ce que l’on cherche : soutenir les artistes, mieux rémunérer la création, reprendre la main sur son écoute.
Les alternatives les plus souvent citées comme plus « éthiques » que Spotify sont celles qui :
- rémunèrent mieux les artistes,
- limitent ou encadrent l’usage de l’IA,
- et/ou permettent un lien plus direct entre créateurs et auditeurs.
Aucune plateforme n’est parfaite. Mais certaines réduisent clairement le malaise.
🎧 Plateformes de streaming plus éthiques
- Deezer
Service très proche de Spotify dans l’usage, basé en France.
Deezer s’est engagé sur plusieurs points structurants :- étiquetage clair des morceaux générés par IA,exclusion de ces morceaux des grandes playlists éditoriales,absence de monétisation de la musique IA,passage à un modèle de rémunération artist-centric, qui favorise les artistes réellement recherchés et écoutés.
- SoundCloud Go+
Plateforme historiquement tournée vers les artistes indépendants.
Son modèle user-centric répartit ton abonnement uniquement entre les artistes que tu écoutes réellement, ce qui bénéficie beaucoup plus aux petits catalogues.👉 Intéressant si ton objectif est avant tout de soutenir la création indépendante. - Qobuz
Plateforme française orientée qualité sonore (Hi-Fi) et travail éditorial.
Elle est réputée pour payer nettement plus par 1 000 écoutes que la majorité des services de streaming, parfois plus de trois fois la moyenne selon certaines estimations.👉 Un choix cohérent si tu es sensible à la qualité audio et prêt·e à payer un peu plus pour une meilleure rémunération des artistes.
🎶 Solutions de soutien direct aux artistes
- Bandcamp
👉 Plateforme incontournable pour soutenir directement les artistes.
Les créateurs fixent leurs prix, reçoivent une part bien plus importante des revenus, et peuvent dialoguer avec leur public.
Moins pratique pour le streaming quotidien, mais précieuse pour redonner de la valeur à la musique.
Bandcamp n’est pas un service de streaming illimité, mais une boutique musicale.C’est l’option la plus radicalement favorable aux créateurs.
👉 Idéal pour compléter une plateforme de streaming par un soutien direct. - Audiomack
Plateforme de streaming très utilisée dans les scènes indépendantes, urbaines et afro-diasporiques (rap, hip-hop, afrobeats). Les artistes peuvent y publier directement leur musique, sans passer par les majors, et toucher une audience mondiale.
👉 Modèle gratuit (avec écoute hors ligne), peu d’enjeux connus autour de l’IA ou de gros contrats polémiques.
👉 Découverte faite à Wasini Kenya, où Audiomack faisait partie du paysage musical quotidien.
Comment choisir concrètement ?
- Tu veux une expérience proche de Spotify, avec des garde-fous sur l’IA et une meilleure redistribution : Deezer.
- Tu veux surtout soutenir des artistes indépendants : SoundCloud Go+ + achats sur Bandcamp.
- Tu es audiophile et attentif·ve à la valeur du travail artistique : Qobuz.
👉 Le choix dépend moins de la plateforme parfaite que de ce que tu veux soutenir concrètement.
🎶 Revenir à des pratiques plus lentes (et plus conscientes)
Quitter Spotify peut aussi être l’occasion de changer sa relation à la musique :
- Acheter des albums (numériques ou vinyles)
- Soutenir les artistes en concert
- Écouter des radios indépendantes
- Redécouvrir sa propre bibliothèque musicale
👉 Moins d’abondance.
👉 Plus d’attention.
Guide pratique : comment quitter Spotify sans tout perdre
Quitter Spotify peut sembler décourageant : playlists, historiques, habitudes…
Voici un chemin simple et progressif, sans brutalité.
1️⃣ Sauvegarder ses playlists
Quitter Spotify ne signifie pas repartir de zéro.
Il existe aujourd’hui des outils simples pour transférer playlists, albums et favoris en quelques clics.
Avant toute chose :
- Utiliser des outils de transfert de playlists (vers Deezer, Tidal, Apple Music, etc.)
- Ou exporter ses listes pour garder une trace de ses écoutes passées
👉 Même si tu changes de plateforme, ta mémoire musicale t’appartient.
🔁 Outils recommandés pour transférer sa musique
- Soundiiz(recommandé)
Compatible avec Spotify, Deezer, Qobuz, Apple Music, Tidal, YouTube Music et plus de 40 services.- Version gratuite : playlists/albums un par un
- Version premium (~5 €/mois) : transferts en masse, synchronisation automatique
- Taux de réussite très élevé (~95 %)
- TuneMyMusic
Simple et rapide. Gratuit jusqu’à 500 titres, puis environ 5 €.
Très pratique pour Spotify → Deezer ou Qobuz. - FreeYourMusic
Application mobile et desktop.
Gratuit pour 100 chansons par playlist, abonnement ensuite.
Bien adaptée aux écosystèmes Apple Music et Tidal. - SongShift (iOS)
Idéal pour des playlists complexes.
Gratuit sous 200 titres, abonnement ensuite. - PlaylistGo
Outil plus récent, très précis (>99 %), capable de gérer aussi des fichiers locaux (CSV, M3U).
2️⃣ Explorer une alternative pendant la période de transition
Inutile de tout couper d’un coup.
- Tester une autre plateforme en parallèle
- Explorer Bandcamp pour les artistes que tu aimes vraiment
- Observer ce qui change dans ton rapport à l’écoute
👉 Le boycott peut être progressif, réfléchi, habité.
3️⃣ Supprimer son abonnement
Une fois prêt·e :
- Annuler l’abonnement payant
- Vérifier la date de fin de facturation
- Éviter la reconduction automatique
👉 Ce geste-là, même simple, est déjà un message.
4️⃣ (Optionnel) Supprimer son compte
Pour celles et ceux qui veulent aller plus loin :
- Télécharger ses données personnelles
- Supprimer définitivement le compte depuis les paramètres
👉 Ce n’est pas obligatoire.
👉 Chacun place le curseur où il peut.
5️⃣ Accepter l’inconfort
Quitter Spotify, ce n’est pas juste changer d’appli.
C’est accepter :
- moins de recommandations automatiques
- moins de fluidité immédiate
- plus de choix conscients
Et parfois, c’est exactement ce dont on a besoin.
Étapes type (ex. avec Soundiiz)
- Créer un compte
- Connecter Spotify et la plateforme de destination
- Sélectionner playlists / albums
- Lancer le transfert
- Vérifier que la synchronisation est activée côté destination
👉 Compter 10 à 30 minutes pour une cinquantaine de playlists.
🎙️ Et pour les podcasts ?
Les podcasts reposent sur des flux RSS, ce qui facilite la transition :
- Tu peux t’abonner manuellement sur la nouvelle application en copiant le lien RSS.
- Certains outils (comme Soundiiz) gèrent partiellement les favoris podcasts.
- Certaines plateformes proposent désormais des fonctions intégrées de transfert.
Astuces utiles
- Tester les versions gratuites avant de t’engager
- Accepter que certains contenus exclusifs Spotify ne soient pas disponibles ailleurs
- Sauvegarder un export CSV « au cas où »
Quitter Spotify n’est pas un geste parfait.
C’est un geste informé, réfléchi, et assumé.
Il y a des moments où continuer comme avant coûte plus cher intérieurement que de changer.
✨ Et toi, tu fais comment ?
Si tu utilises d’autres plateformes pour écouter de la musique,
ou si cette réflexion sur le boycott de Spotify t’interpelle,
👉 partage ton expérience en commentaire.
Quelles plateformes utilises-tu aujourd’hui ?
Est-ce un choix pratique, éthique, artistique… ou un mélange des trois ?
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