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Ce matin, Nelly et moi partons avec Laza pour une randonnée vers le village de Tsaramody, à la rencontre d’une potière. Je ne le sais pas encore, mais cette journée va nous parler d’artisanat, de transmission, de solidarité et de mémoire familiale.

En route vers Tsaramody

La route est plutôt facile. Chemin faisant, une énorme araignée attire mon attention. Elle est suspendue à un fil qu’elle a tissé depuis le toit d’une maison.

Araignée noire tissant sa toile
Cette araignée m’a forcée à ralentir… et à découvrir Tsaramody.

Le chemin est aride, même si quelques arbres offrent çà et là une ombre bienvenue. Le soleil est déjà intense, mais nous sommes parties tôt : les températures restent encore supportables pour la randonnée.

💡 Astuce Noirenvoyage : Prévoyez une gourde isotherme et un chapeau. À Tsaramody, le soleil ne pardonne pas. Et une bouteille d’eau, ça sauve des vies.

Au loin, nous apercevons quelques cultures en terrasse.

Culture en Terrasse à Tsaramody - Antsirabe
Culture en Terrasse à Tsaramody – Antsirabe

Avec Laza en tête, nous avançons pas à pas vers Tsaramody. La végétation devient progressivement plus abondante et les champs se multiplient.

Laza guide la Randonnée vers Tsaramody à Madagascar
Laza guide la Randonnée vers Tsaramody à Madagascar

Un cours d’eau alimente cette région, mais son débit est actuellement au plus bas. Il reste malgré tout lieu et source de vie. En effet, par endroit on peut observer des femmes y lavant le linge.

Tsaramody et ses maisons en banco

Arrivées à destination, nous prenons le temps de découvrir la commune avant de nous rendre chez la potière.

Certains détails architecturaux nous surprennent, notamment une maison en banco à étage.

Laza nous explique que cette configuration répond à des besoins à la fois sociaux et écologiques. La famille est nombreuse et l’étage permet aux parents de disposer d’un espace séparé.

Il constitue également un refuge durant les périodes de crue, qui ne sont pas inhabituelles dans la région.

À la rencontre d’une potière malgache

Après les présentations, nous participons à un atelier de poterie.

Potière malgache façonnant un récipient en argile à Tsaramody
Une potière transforme l’argile en objets du quotidien

La potière commence par nous faire une démonstration. Elle fait preuve d’une telle dextérité que son travail semble presque facile.

En quelques gestes, elle façonne de longues languettes d’argile, qu’elle empile puis polit jusqu’à former un pot. Elle termine par une décoration simple, réalisée à l’aide d’un petit burin et de mouvements rapides.

Puis vient notre tour de nous confronter à l’argile.

Atelier de poterie artisanale à Tsaramody à Madagascar
Atelier de poterie artisanale à Tsaramody à Madagascar

La famille, intriguée par notre présence, se rapproche pour observer nos exploits. Pour ma part, je choisis de réaliser un cendrier. Une solution de facilité, je l’avoue ! Nelly quant à elle fait preuve de plus de créativité et se lance dans la confection d’un Crododile!

Noirenvoyage et Nelly à Atelier de poterie artisanale à Tsaramody à Madagascar
Atelier de poterie artisanale à Tsaramody à Madagascar

Nous sommes loin de la fluidité de notre hôtesse, mais le résultat est plutôt réussi. La potière fera cuire nos créations afin que nous puissions les récupérer plus tard et les emporter comme souvenirs.

💡 Astuce NoirEnVoyage : acheter de l’artisanat local autrement
Lorsque vous achetez un objet artisanal :

  • demandez qui l’a fabriqué ;
  • intéressez-vous à son usage ;
  • privilégiez les objets réellement produits localement ;
  • évitez de marchander de manière excessive ;
  • demandez si l’artisan bénéficie directement de la vente ;
  • choisissez un objet que vous pourrez réellement utiliser.

L’artisanat n’est pas seulement un souvenir de voyage. Pour de nombreuses familles, il représente une activité économique essentielle.

Des objets du quotidien

Potière malgache devant sa maison traditionnelle en banco à étage dans le village de Tsaramody, Madagascar
Potière malgache devant sa maison traditionnelle en banco à étage dans le village de Tsaramody, Madagascar

Une fois notre tâche accomplie, nous visitons la maison et découvrons les réalisations de la potière.

La plupart sont des ustensiles du quotidien : pots, cruches et autres récipients. Nous admirons également des fourneaux qui ne sont pas sans me rappeler ceux que j’ai vus au Burkina Faso, même si leur version moderne est souvent fabriquée en métal.

La maisonnée compte aussi des lapins, des cochons d’Inde et des oies.

Lapin Blanc à Tsaramody
Lapin Blanc à Tsaramody

Le lapin blanc aux yeux rouges me renvoie immédiatement à l’univers d’Alice au pays des merveilles. Y aurait-il un terrier dans les environs ?

Planter du manioc à Tsaramody

Fidèle à ma tradition de plantation d’arbres ou de végétaux lors de mes voyages, je demande s’il est possible de planter quelque chose dans le village.

Voyageuse plantant du manioc avec une famille malgache
Planter quelque chose, c’est laisser une petite trace utile

Finalement, Nelly se joint à moi pour planter du manioc.

Cette plante alimentaire sera utile à la famille. Ce geste simple donne une dimension particulière à notre rencontre : nous ne repartons pas seulement avec des souvenirs, mais aussi avec l’espoir qu’une petite contribution puisse grandir sur place.

💡 Astuce NoirEnVoyage : Planter du manioc à Tsaramody, ce n’est pas un geste anodin. C’est une leçon de vie.

  • Écologique : Le manioc est résistant, nourrissant et facile à cultiver.
  • Sociale : Il nourrit la famille pendant des mois.
  • Symbolique : Chaque plante est un lien entre vous et la terre.

👉 Mon conseil : Avant de planter un arbre ou une plante pendant un voyage, demandez toujours l’autorisation et vérifiez que l’espèce est adaptée au sol et aux besoins locaux. Un geste symbolique doit d’abord être utile aux habitants.

Un moment en famille

Nous partageons ensuite un moment chaleureux avec la famille de la potière.

La petite fille, encore bébé, nous fait une démonstration de l’une de ses dernières aptitudes : la marche.

Elle manifeste également un intérêt certain pour le métier de sa grand-mère, dont elle reproduit les gestes avec application.

Enfant posant à Tsaramody
Enfant posant à Tsaramody

Un petit garçon, son petit-fils, pose fièrement et demande à être photographié. Puis c’est au tour de toute la famille.

Après de chaleureux au revoir, nous reprenons le chemin d’Antsirabe. Nous pouvons observer que nos manioc ne seront pas orphelins. Aux alentours de nombreux champs de maniocs s’étendent.

Champs de manioc tsaramody madagascar
Champs de manioc tsaramody madagascar

Des photos pour ne pas oublier

Sur le chemin du retour, plusieurs enfants nous interpellent.

Eux aussi veulent être pris en photo.

Je m’exécute, en pensant que ces instants resteront dans mes archives et que les enfants ne reverront probablement jamais les images.

Cette pensée me serre le cœur.

Une idée germe alors dans mon esprit. J’en parle à Laza et lui propose de faire développer les photos — une pratique que nous avons tendance à délaisser à l’ère du numérique — afin qu’il les rapporte au village lors de sa prochaine visite.

Il se réjouit de cette proposition et accepte volontiers.

📸 Conseil voyage responsable
Si vous photographiez des habitants, demandez toujours leur accord. Lorsque c’est possible, proposez de partager les images ou de les faire imprimer. Une photo ne devrait pas être uniquement un souvenir pour le voyageur.

Famadihana madagascar : sur les traces du retournement des morts

Le retour à pied, sous un soleil ardent, nous paraît long. Nous apprécions l’ombre offerte par les quelques arbres rencontrés en chemin. Il y a même des bananiers chargés de fruits. Ça ouvre l’appétit.

Arbre sur randonnee tsaramody madagascar
Arbre sur randonnee tsaramody madagascar

Heureusement, les sujets de conversation ne manquent pas. Nous échangeons des anecdotes culturelles et abordons différentes traditions malgaches.

En passant près d’une tombe, Laza nous parle naturellement du famadihana, souvent traduit par « retournement des morts » ou « retournement des os ».

📖 Le savais-tu ?
Le famadihana est une tradition funéraire pratiquée dans certaines régions de Madagascar. Elle consiste à exhumer temporairement les ancêtres afin de les envelopper dans de nouveaux linceuls, avant de les raccompagner dans leur tombe. Ce rituel est associé à la mémoire familiale, au respect des ancêtres et au lien entre les générations.

Loin d’être macabre, ce rituel transforme le deuil en fête : il s’agit d’honorer les Razana (ancêtres), de resserrer les liens familiaux et de demander leur bénédiction pour la prospérité du groupe . Pratiqué surtout chez les Merina et les Betsileo, le famadihana a généralement lieu pendant la saison sèche, de juin/juillet à octobre, et mobilise toute la grande famille autour du tombeau ancestral

Dans la vision du monde associée au famadihana, les ancêtres — les Razana — ne sont pas considérés comme totalement absents de la vie des familles.
La cérémonie permet notamment :

  • d’honorer les ancêtres ;
  • de préserver la mémoire familiale ;
  • de réunir les générations ;
  • de renforcer les liens entre les membres du groupe ;
  • de demander symboliquement leur protection et leur bénédiction.

La cérémonie peut être accompagnée de musique, de danses, de chants et d’un repas familial. Toutefois, il est important de ne pas réduire le famadihana à une scène spectaculaire : il s’agit avant tout d’un rituel familial, intime et sacré, dont les modalités dépendent des communautés concernées.

Cela me renvoie à nos propres traditions funéraires au Burkina. il n’y a pas d’exhumation, mais des célébrations périodiques qui rassemblent toute la grande famille du défunt.

Les formes changent, mais une même idée demeure : les morts continuent d’occuper une place dans la mémoire et l’identité des vivants.

Peut-on assister à un famadihana en tant que voyageur ?

Un voyageur ne devrait jamais considérer le famadihana comme une attraction touristique.

Si une famille vous invite à y assister, il est essentiel :

  • de demander l’autorisation avant de photographier ;
  • de respecter les consignes de la famille ;
  • de s’habiller avec sobriété ;
  • de ne pas toucher aux linceuls ou aux restes ;
  • d’éviter les commentaires sensationnalistes ;
  • de se faire accompagner par une personne locale lorsque cela est nécessaire.

Et vous, comment gérez-vous la mémoire de vos ancêtres ? Partagez vos traditions en commentaire !

Nous parcourons les derniers kilomètres en tuk-tuk afin de rejoindre la maison de Dago, puis de nous rendre aux fameux bains thermaux, comme prévu la veille après notre journée en immersion avec Grandir à Antsirabe dans le cadre du voyage solidaire à Madagascar.

Ce que Tsaramody m’a enseigné

À Tsaramody, j’ai appris que survivre, à Madagascar, c’est une affaire de famille. Pas seulement la tienne, mais celle des vivants et des morts. Voici ce que cette journée m’a révélé :

  • 1. L’artisanat est une question de survie → Sans poterie, pas de stockage de nourriture. Sans manioc, pas de repas.
  • 2. Les maisons en banco sont des leçons d’écologie → Terre locale, isolante, résiliente.
  • 3. Le famadihana n’est pas un rituel macabre, mais une fête → Les ancêtres ne sont pas des fantômes, mais des gardiens.
  • 4. Voyager, c’est aussi planter des graines → Physiques (manioc) ou symboliques (photos promises aux enfants).

Détente aux thermes d’Antsirabe

Peu après notre arrivée, Didi nous rejoint et souhaite se joindre à nous.

Janine, quant à elle, préfère rester à la maison pour s’occuper de sa lessive quotidienne.

Bain thermal dans les thermes d’Antsirabe
Une pause détente après plusieurs jours de voyage

Nous partons donc toutes les trois — Nelly, Didi et moi — aux thermes d’Antsirabe, où nous nous offrons la formule complète pour 40 000 ariarys à l’époque.

Après plusieurs jours de route et d’activités, ce moment de détente est particulièrement bienvenu.

Au programme :

  • un bain à remous, façon jacuzzi ;
  • un gommage au chocolat ;
  • un jet à pression ;
  • un massage complet.

L’expérience est très agréable, même si l’atmosphère n’est pas aussi relaxante que je l’aurais imaginé pour la dernière partie du soin.

Il fait tellement chaud que la porte reste ouverte, ce qui offre peu d’intimité. Malgré cela, le bilan reste globalement positif.

J’échange quelques mots avec ma masseuse. Elle me parle de ses conditions de vie et de travail. Elle habite loin et aimerait terminer suffisamment tôt afin de pouvoir rentrer chez elle plus facilement.

Derrière le soin, je découvre une réalité professionnelle et humaine qui donne encore plus de profondeur à cette expérience.

Dîner et karaoké à Antsirabe

Le dîner se déroule dans une gargote au menu très varié.

Je me décide pour un plat de crabe accompagné de légumes sautés. De quoi recharger les batteries !

Après le repas, la soirée se poursuit à L’Étoile des Neiges, pour une nouvelle session de karaoké.

Le nom du lieu nous fait beaucoup rire. Nos amis malgaches, eux, ne connaissent pas la chanson. Nous la commandons donc pour la leur faire découvrir et la chantons avec enthousiasme.

Nous chauffons également la piste de danse.

Conversations, flirt, musique et danse : tout est réuni pour passer une excellente soirée.

Soirée Karaoké à l’Étoile des Neiges
Soirée Karaoké à l’Étoile des Neiges

Cette belle ambiance clôture notre première escale à Antsirabe.

Seule ombre au tableau : je perds l’une de mes boucles d’oreilles achetées quelques jours plus tôt chez les artisans de la ville d’Antsirabe.

Une disparition de plus dans la série déjà bien entamée de mes objets envolés mystérieusement…

Demain, nous prendrons la route pour Miandrivazo.

Perdre une boucle d’oreille à Madagascar, c’est comme perdre un morceau de soi. Mais peut-être que ce qui compte, ce n’est pas ce qu’on emporte… mais ce qu’on laisse derrière nous

Ce que je retiens de cette journée

À Tsaramody, je pensais simplement découvrir le travail d’une potière.

Je repars avec bien plus :

  • une meilleure compréhension de l’artisanat comme activité économique ;
  • une rencontre avec une famille accueillante ;
  • un lien concret avec la terre grâce à la plantation de manioc ;
  • une réflexion sur la photographie et le partage des souvenirs ;
  • un aperçu du famadihana et de la place des ancêtres dans certaines traditions malgaches.

Cette journée me rappelle que le voyage ne se résume pas aux lieux visités.

Il se trouve aussi dans les conversations imprévues, les gestes transmis, les objets fabriqués à la main et les histoires que l’on rapporte avec soi.

👉 Et vous ?

  • Avez-vous déjà participé à un atelier d’artisanat lors de vos voyages ?
  • Quelle est la tradition locale la plus surprenante que vous ayez découverte ?
  • Comment envisagez-vous le voyage après avoir lu cet article ?

💬 Partagez vos réactions en commentaire ! Je réponds à TOUTES. 😊 »


FAQ Famadihana Madagascar

Qu’est-ce que le famadihana ?
Le famadihana, ou « retournement des morts », est une cérémonie funéraire festive au cours de laquelle les familles exhument les restes de leurs ancêtres pour les envelopper dans de nouveaux linceuls, danser avec eux, puis les réinhumer .

Pourquoi les Malgaches pratiquent-ils ce rituel ?
Parce que les ancêtres (Razana) sont considérés comme des membres vivants de la famille, capables de protéger et de bénir les vivants. Le famadihana vise à les honorer, à renforcer la cohésion familiale et à solliciter leur protection .

Où se pratique le famadihana ?
Principalement sur les hauts plateaux centraux, chez les Merina et les Betsileo, notamment autour d’Antananarivo, d’Antsirabe, d’Ambositra et dans les villages de la région Vakinankaratra comme Tsaramody.

Quand a lieu le famadihana ?
La saison privilégiée est l’hiver austral, de juin/juillet à octobre, pendant la saison sèche, lorsque les déplacements et les rassemblements sont plus faciles .

À quelle fréquence est-il organisé ?
Le rituel est périodique, tous les 3, 5, 7 ou 10 ans selon les familles, les moyens financiers et les accords autour du tombeau collectif .

Comment se déroule la cérémonie ?
Les corps sont sortis du tombeau, enveloppés dans de nouveaux lamba de soie, portés sur les épaules au rythme de la musique, puis réinhumés après des danses, des chants et un grand repas familial .

Le famadihana est-il en déclin ?
Il reste très vivant, mais certains observateurs notent un recul relatif lié au coût des cérémonies, à l’urbanisation et à l’influence du christianisme, même si beaucoup de familles continuent à le pratiquer .

Les étrangers peuvent-ils assister à un famadihana ?
C’est possible, mais uniquement sur invitation et avec beaucoup de respect : il s’agit d’un rituel familial et sacré, pas d’un spectacle. Il est recommandé de se faire accompagner par un guide ou un contact local et de suivre les consignes de la famille .


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